Président depuis deux mandats de l’établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre, Michel Leprêtre détaille dans cet entretien accordé à Thierry Cabannes l’ambition industrielle d’un territoire de 700 000 habitants et 24 communes, troisième pôle économique de la métropole après avoir connu une très grande histoire industrielle.
Un territoire, poids lourd économique de la Métropole
Avec ses 700 000 habitants et ses 24 communes à cheval sur le Val-de-Marne et l’Essonne, Grand-Orly Seine Bièvre est, selon Michel Leprêtre, le plus grand territoire de la Métropole du Grand Paris en dehors de la ville de Paris – aussi bien physiquement qu’en matière de développement économique et d’emploi. Une position qui lui confère, dit-il, « une responsabilité » et permet dans le même temps de « clarifier son ambition ».
L’ambition : reconquérir l’activité industrielle
Le territoire a déjà retrouvé un taux d’activité économique connu par le passé. L’enjeu, désormais, est de reconquérir l’activité industrielle et productive pour lui redonner la force qui a été celle du Val-de-Marne et de l’Essonne, en s’appuyant sur l’attractivité conjuguée de la Métropole du Grand Paris et de la région Île-de-France.
Trois millions de mètres carrés disponibles
Les atouts du territoire se mesurent d’abord en chiffres : trois millions de mètres carrés sont programmés pour développer l’activité économique, dont un million réservé, selon une stratégie partagée, à l’activité industrielle et productive. Grand-Orly Seine Bièvre est desservi par un aéroport international – Orly -, accueille le marché d’intérêt national de Rungis, plus grand marché de produits frais au monde, et bénéficie d’une desserte par la Seine, un réseau ferré et un réseau routier importants. Une « porte vers le monde », selon Michel Leprêtre.
« J’ai envie de leur dire : « venez voir le potentiel que nous vous offrons. » »
Une méthode : travailler ensemble
Face aux investisseurs étrangers, Michel Leprêtre met en avant un potentiel qui dépasse les seuls chiffres : un potentiel de mobilisation. Depuis cinq ans, le territoire fait travailler ensemble acteurs économiques, chambres de commerce et d’industrie, institutionnels et maires autour d’une stratégie partagée. Illustration récente : en novembre, malgré le contexte sanitaire qui avait empêché la tenue de l’événement les deux années précédentes, des assises ont réuni plus de 300 acteurs autour d’une envie et d’ambitions collectives.
Le défi de l’emploi et de la désindustrialisation
Michel Leprêtre ne masque pas les difficultés : le territoire compte parmi les moins bien classés de la métropole en matière d’emploi, conséquence d’une désindustrialisation et d’une désertification passées. Mais il veut y voir une opportunité de reconstruction, avec trois millions de mètres carrés programmés qui ouvrent, selon lui, une vraie disponibilité pour créer de la petite et moyenne entreprise – en écho, rappelle-t-il, à l’impératif de réindustrialisation porté par l’État et par le président de la République pour retrouver des équilibres économiques et la neutralité carbone.
Logistique : substituer les trains aux camions
Sur la logistique, Michel Leprêtre veut mettre un coup d’arrêt à l’extension du foncier disponible dédié à une logistique routière qui déborde sur le territoire. Sur le site de Rungis, il porte un projet de circulation ferroviaire beaucoup plus dense, appuyé par une étude sur la logistique menée dans le cadre d’un projet partenarial d’aménagement porté par l’État. L’objectif n’est pas de bloquer l’entrée des marchandises, mais de substituer des trains aux camions – une nécessité qu’il illustre en évoquant les fenêtres de son bureau, d’où l’on ne voit « que des camions, tout le temps, tous les jours, à toute heure du jour et de la nuit ». La Seine doit elle aussi être davantage mobilisée pour le transport de marchandises vers Paris, au-delà de ses usages actuels, en s’appuyant sur un acteur économique qui utilise déjà cette voie.
« Nous voulons nous donner les moyens de créer une nouvelle vision de la logistique, non pas dans le but de supprimer l’entrée des marchandises, mais pour substituer des trains aux camions. »
Écologie et innovation : rendre la croissance vertueuse
Michel Leprêtre souhaite que tous les projets économiques, tertiaires, industriels ou portés par des PME et des start-up qui se développeront sur le territoire soient « vertueux » et parties prenantes de l’engagement environnemental collectif – un objectif qui concerne, dit-il, aussi bien les institutionnels et les politiques que les acteurs économiques eux-mêmes, dont plusieurs se sont déjà engagés lors du séminaire de novembre. Sur l’innovation, il veut que le territoire s’appuie sur les centaines de start-up actives dans la santé, le numérique, l’alimentaire et l’éco-responsabilité, tout en continuant d’accompagner les grands acteurs économiques déjà implantés.
« Les investisseurs qui viendront demain trouveront un territoire disponible et ouvert où les populations seront formées aux métiers de demain. »
Gustave Roussy, ambition phare du territoire
Acteur incontournable de la lutte contre le cancer, l’institut Gustave Roussy, implanté sur le territoire, a fait savoir qu’il souhaitait « changer de braquet » dans le développement de la recherche contre le cancer. Avec la ville de Villejuif, Grand-Orly Seine Bièvre accompagne ce projet à la fois urbain et scientifique dans le cadre d’une ZAC existante. Michel Leprêtre évoque également une volonté de rapprocher Sanofi-Aventis et Gustave Roussy, y voyant un enjeu local autant que national pour construire ce qu’il appelle « le Gustave Roussy de demain ».
Propos recueillis par Thierry Cabannes.
