Créé il y a un peu plus de cinquante ans, le marché de Rungis, en Val-de-Marne, est devenu le plus grand marché de produits frais au monde. Son président depuis 2012, Stéphane Layani, détaille dans cet entretien accordé à Thierry Cabannes les chiffres, les ambitions écologiques et le rôle de moteur économique de ce site au cœur du territoire de Grand-Orly Seine Bièvre.
Rungis en chiffres : le plus grand marché de produits frais au monde
Créé en 1969 lors du « Déménagement du Siècle », le marché d’intérêt national de Rungis s’étend sur 234 hectares – une surface supérieure à celle de la principauté de Monaco. Il comptait 1 000 entreprises à sa création ; elles sont aujourd’hui 1 200, un chiffre stable depuis près d’une décennie. Le chiffre d’affaires du marché, lui, a très largement progressé : de 8,2 milliards d’euros en 2012, à l’arrivée de Stéphane Layani, à plus de 10 milliards d’euros en 2020, pour un volume d’échanges supérieur à 3 millions de tonnes – dont 1,7 million de tonnes arrivées sur le marché physique, à 70 % des fruits et légumes. Un Français sur quatre mange aujourd’hui des produits issus de Rungis, qui dessert un bassin de dix-huit millions de personnes.
Un patrimoine culturel et gastronomique français
Selon Stéphane Layani, 88 % des Français considèrent que le marché de Rungis appartient au patrimoine culturel et gastronomique du pays. Dans le monde entier, Rungis symbolise l’excellence de la culture culinaire française, mais fait aussi référence en matière de stockage, de logistique, de sécurité alimentaire et de gestion responsable. Un modèle que la SEMMARIS, société gestionnaire du marché, exporte désormais comme partenaire stratégique auprès des pays souhaitant moderniser leurs infrastructures agro-logistiques, dans le cadre d’une stratégie de développement international d’un réseau de marchés efficients et connectés.
Vers un Rungis décarboné et innovant
Le marché s’appuie sur plusieurs leviers pour réussir sa transition écologique : relance du fret ferroviaire, déploiement de nouvelles infrastructures de recharge (station GNV, stockage d’hydrogène, bornes électriques), pose de 17 000 m² de panneaux photovoltaïques en 2022, et lutte contre le gaspillage alimentaire. Objectif affiché : réduire les émissions de 30 % d’ici 2030. Rungis expérimente même l’ouverture de couloirs de vol pour des drones-cargo à l’intérieur du marché, préfigurant un transport aérien de courte distance pour les denrées.
Sur le volet ferroviaire, la relance de la ligne des primeurs Perpignan-Rungis retire environ trois mille semi-remorques de la route chaque année et achemine 350 à 400 tonnes de fruits et légumes par jour, soit 10 % des flux quotidiens du marché. Prochaine étape : un terminal de transport combiné rail-route sur plus de 120 000 m², dont l’appel d’offres européen à 25 millions d’euros s’est clôturé fin janvier, pour une réalisation d’ici 2024-2025.
« Moderniser le Marché et nous approprier toutes les solutions qui nous permettront de nous inclure pleinement dans la transition écologique. »
Agoralim et la digitalisation du marché
En 2022, les efforts se concentrent sur le projet Agoralim, une extension du marché de Rungis dans l’est du Val-d’Oise voulue par le Premier ministre Jean Castex, destinée à assurer l’approvisionnement en production maraîchère locale d’Île-de-France avec l’empreinte carbone la plus faible possible – un projet porteur, selon Stéphane Layani, de trois à cinq mille emplois. Côté digital, une nouvelle version de la marketplace professionnelle Rungismarket.com, développée avec Califrais, Stef et Webhelp, doit voir le jour la même année, comme canal commercial supplémentaire pour les grossistes du marché.
Rungis, moteur de l’emploi sur le territoire
Face à l’enjeu de l’emploi, priorité affichée des élus de Grand-Orly Seine Bièvre, le marché a créé Rungis Académie, un écosystème inédit de rencontre entre acteurs de la formation et entreprises de la filière, structuré autour de quatre domaines : les métiers de bouche et de la restauration, l’agriculture, la logistique et le tertiaire. L’objectif est d’identifier les métiers « en tension » au sein des entreprises du marché et d’y adapter des formations, avec des partenaires comme le CFA Médéric, l’École Lenôtre, les Compagnons du Devoir ou encore Louvre Hotels.
« Le Marché de Rungis est un acteur engagé sur l’emploi. […] Notre incubateur Rungis & Co a accompagné près de quatre-vingt-dix start-up et a permis la création de plus de cent emplois depuis son ouverture en 2015. »
Cité de la Gastronomie et rayonnement de Grand-Orly Seine Bièvre
Partenaire de la future Cité de la Gastronomie, le marché de Rungis entend y construire une halle aux trésors gastronomiques, ouverte à tous, pour donner accès à la qualité et à la diversité de ses produits d’exception – un projet appelé à requalifier un secteur entier et à renforcer l’attractivité du territoire. Pour Stéphane Layani, le pouvoir d’attraction de Grand-Orly Seine Bièvre auprès des investisseurs étrangers reste lié à celui de Paris et de l’Île-de-France, mais s’appuie aussi sur trois pôles d’excellence à rayonnement international : l’aéroport d’Orly, le Cancer Campus autour de l’institut Gustave Roussy, et le marché de Rungis lui-même.
Traversé par des axes routiers structurants – autoroutes A6, A106 et A86, routes nationales 6 et 7 -, et bientôt doté de son terminal de transport combiné, le marché de Rungis s’affirme comme un hub logistique dédié à l’alimentation de demain, au cœur du Val-de-Marne.
Propos recueillis par Thierry Cabannes.
