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« La gare est le meilleur prétexte pour refaire la ville » : entretien avec un directeur de l’aménagement du Grand Paris

« Paroles de bâtisseurs » : une série d’entretiens où les praticiens de la métropole s’expriment librement, sous couvert d’anonymat. Leurs fonctions sont réelles, leurs identités préservées.

Il a vu passer trois maires, deux intercommunalités et un calendrier de métro plusieurs fois révisé. Directeur de l’aménagement d’un territoire du sud francilien, notre interlocuteur raconte ce que l’arrivée d’une gare change vraiment — et ce qu’elle ne changera jamais toute seule.

Une gare du Grand Paris Express arrive sur votre territoire. Concrètement, qu’est-ce que ça déclenche ?

D’abord un choc de valeur foncière, bien avant le premier coup de pioche. Dès que le tracé est confirmé, les propriétaires attendent, les promoteurs appellent, les prix montent. Si la collectivité n’a pas de doctrine à ce moment-là, elle subit. Notre premier travail, ça a été de poser les règles du jeu avant que le marché ne les pose à notre place.

C’est-à-dire ?

Décider où l’on densifie, où l’on préserve, et ce que chaque opération doit rapporter au quartier : une école, un parc, des rez-de-chaussée actifs. La gare est le meilleur prétexte pour refaire la ville — à condition de ne pas s’arrêter au parvis. Le piège classique, c’est le beau quartier de gare posé au milieu d’un territoire qui, lui, n’a pas bougé.

Qu’est-ce qui bloque le plus, dix ans après les premières annonces ?

Le temps long. Les habitants votent tous les six ans, les projets durent quinze. Tenir une doctrine d’aménagement sur trois mandats, avec des majorités qui changent, c’est l’exercice le plus difficile de ce métier. Ce qui aide : des documents publics, des engagements écrits, et des équipements livrés tôt. Un groupe scolaire qui ouvre avant les logements achète dix ans de confiance.

Que manque-t-il encore au Grand Paris, vu de votre bureau ?

Une péréquation assumée. Les communes qui accueillent les gares captent la valeur ; celles d’à côté regardent passer les trains. Tant qu’on n’aura pas d’outils sérieux pour partager cette valeur à l’échelle métropolitaine, on fabriquera de la jalousie territoriale. C’est le chantier institutionnel de la décennie.

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